Santé et génétique du berger australien : comprendre et prévenir les maladies héréditaires
- 30 juil.
- 6 min de lecture

Chien vif et d'une intelligence remarquable, le berger australien est capable de travailler de longues heures aux côtés de son humain. Cependant, comme toutes les races de chiens, l'Aussie n'est pas épargné par certains troubles génétiques.
Pour un éleveur éthique et responsable, la connaissance de ces pathologies est une obligation morale : la fondation d'un programme de sélection rigoureux visant à réduire, voire éradiquer, la transmission de ces tares. Pour le futur propriétaire, comprendre ces enjeux est essentiel pour choisir son chiot en toute connaissance de cause et assurer son suivi tout au long de sa vie.
Découvrez ici les principales maladies héréditaires qui concernent le berger australien, les mécanismes de transmission et les outils de dépistage disponibles aujourd'hui.

Les affections oculaires héréditaires
La vision est un sens primordial pour un chien de travail. Le berger australien est prédisposé à plusieurs anomalies oculaires d'origine génétique, dont deux majeures nécessitent une attention particulière : l'anomalie de l'œil du Colley (COA ou CEA en anglais) et l'atrophie progressive de la rétine (APR ou PRA).
L'anomalie de l'œil du Colley (CEA ou hypoplasie choroïdienne)
La CEA est une maladie de développement congénitale qui affecte la choroïde, la sclérotique et parfois la rétine. Elle se manifeste dès la naissance et n'évolue généralement pas dans le temps, bien que ses conséquences puissent varier. Dans sa forme légère, elle n'affecte pas la vision. En revanche, dans ses formes sévères, elle peut entraîner des décollements de rétine ou des hémorragies intraoculaires, conduisant à une cécité partielle ou totale.
La transmission est récessive : un chien doit hériter de deux copies du gène défectueux (une de chaque parent) pour être atteint. Les porteurs sains ne développent pas la maladie mais peuvent la transmettre.
Le dépistage se fait par test ADN.
La stratégie d'élevage vise à éviter l'accouplement de deux porteurs, éliminant ainsi le risque de produire des chiots atteints. Un examen clinique annuel par un vétérinaire ophtalmologiste diplômé est également recommandé pour surveiller l'état oculaire des reproducteurs, car le test ADN ne détecte pas toutes les variantes rares ni les autres pathologies oculaires non génétiques.
L'atrophie progressive de la rétine (PRA)
Contrairement à la CEA, la PRA est une maladie dégénérative. Elle se caractérise par une destruction progressive des cônes et bâtonnets. Les chiens atteints développent généralement une cécité nocturne dans un premier stade, suivie d'une perte de la vision diurne, aboutissant souvent, hélas, à une cécité totale vers l'âge de 2 à 5 ans. Il n'existe aucun traitement pour stopper ou inverser ce processus.
Plusieurs formes de PRA existent chez le berger australien, liées à des mutations génétiques différentes. Là encore, le dépistage génétique est l'outil le plus fiable. Connaître le statut des reproducteurs permet d'adapter les accouplements. Si un chien est testé porteur d'une forme spécifique de PRA, il ne doit être accouplé qu'avec un chien testé sain pour cette même forme. La vigilance est de mise car un chien peut être porteur d'une forme rare non couverte par les tests standards, d'où l'importance de combiner tests ADN et examens cliniques réguliers.
La dysplasie coxo-fémorale et du coude

Bien que la composante génétique soit prépondérante, la dysplasie (hanche et coude) est considérée comme une pathologie multifactorielle. Cela signifie que l'expression de la maladie résulte de l'interaction entre le patrimoine génétique du chien et des facteurs environnementaux durant sa croissance.
La dysplasie coxo-fémorale correspond à une mauvaise conformation de l'articulation de la hanche. Cette instabilité provoque une usure du cartilage, des douleurs chroniques, de l'arthrose et, à terme, une gêne importante. La dysplasie du coude regroupe plusieurs anomalies de développement des articulations du coude, fréquentes chez les chiens de taille moyenne à grande et très actifs comme le berger australien.
Le dépistage officiel passe par la radiographie. En France, le protocole standard implique une radio des hanches et des coudes réalisée sous sédation ou anesthésie générale, généralement vers l'âge de 12 à 18 mois, une fois la croissance du squelette terminée.
Ces clichés sont envoyés à un centre de lecture agréé (comme le CFBA - Club Français du Berger Australien) qui attribue une note :
A (Excellent) / B (Bon) : le chien est considéré comme libre de dysplasie significative et est idéal pour la reproduction ;
C (Moyen) : de légers signes légers sont présents. L'utilisation en reproduction est déconseillée ou très strictement encadrée (uniquement avec un partenaire A, et sur conseil vétérinaire) ;
D (Passable) / E (Médiocre) : le chien est atteint. Il ne doit absolument pas être reproduit.
Le rôle de l'éleveur est capital dans la prévention : même avec un excellent capital génétique, un chiot soumis à une croissance trop rapide, une alimentation déséquilibrée, ou des exercices traumatiques sur sol dur durant sa phase de croissance, pourra développer des lésions dysplasiques. C'est pourquoi nous vous fournissons des conseils précis sur la nutrition et l'activité physique des chiots dès leur départ.
La myélopathie dégénérative (DM)
La myélopathie dégénérative (DM) est une maladie neurologique progressive et incurable, semblable à la sclérose latérale amyotrophique (SLA) chez les humains.
Elle affecte la moelle épinière, entraînant une paralysie progressive qui commence généralement par les membres arrière (faiblesse, traînement des doigts, perte de proprioception) avant de s'étendre aux membres antérieurs et aux sphincters. L'apparition des symptômes se fait tardivement, souvent après 8 ans, ce qui complique la détection précoce avant la reproduction.
La génétique de la DM est complexe : tous les chiens porteurs de la mutation ne développent pas la maladie, et d'autres facteurs, encore mal identifiés, semblent intervenir. Néanmoins, la prudence impose de tester les reproducteurs.
Les chiens atteints (Mut/Mut) ne devraient idéalement pas être utilisés en reproduction pour éviter de perpétuer le risque.
Les chiens porteurs (N/Mut) peuvent être utilisés avec parcimonie, uniquement accouplés à des partenaires sains (N/N).
La mutation MDR1
Même s'il ne s'agit pas d'une maladie à proprement parler, la mutation du gène MDR1 (Multi-Drug Resistance 1) est une des particularités génétiques connues chez le berger australien. Ce gène intervient via une protéine dont le rôle est d'empêcher certaines substances toxiques ou médicaments de pénétrer dans le cerveau.
Chez les aussies porteurs, cela implique que des molécules médicamenteuses courantes, parfaitement tolérées par d'autres races, peuvent s'accumuler dans leur système nerveux central, pouvant provoquer des intoxications graves, voire mortelles. Les médicaments incriminés incluent certains antiparasitaires, des antidiarrhéiques, des chimiothérapies et certains sédatifs.
Trois statuts génétiques existent :
N/N ou +/+ (sain) : le chien possède deux copies normales du gène. Il métabolise les médicaments normalement et ne transmettra pas la mutation.
N/Mut ou +/- (porteur sain) : le chien possède une copie normale et une copie mutée. Il est généralement asymptomatique dans la vie courante, mais peut présenter une sensibilité accrue à certaines doses élevées de médicaments. Il transmettra la mutation à 50% de sa descendance.
Mut/Mut ou -/- (atteint) : le chien possède deux copies mutées.
L'administration de médicaments contre-indiqués, même à dose standard, peut entraîner des effets secondaires sévères (tremblements, ataxie, coma).
Il est rarissime de trouver un berger australien +/+ (sain) qui présente aussi - et surtout ! - toutes les caractéristiques génétiques, physiques, de santé et de comportement qu'un élevage responsable exige. Le principe de précaution s'applique évidemment, mais il n'est pas prioritaire dans la sélection. Un chien porteur peut donc être utilisé dans le programme de reproduction. Le cas échéant, les familles de nos chiots adoptés sont informées et reçoivent toutes les explications sur les médicaments autorisés ou non.
Le rôle central de l'éleveur dans la santé de la race
Face à ce panel de pathologies, la responsabilité de l'élevage est immense : produire des chiots bergers australiens en bonne santé ne s'improvise pas. Cela requiert un investissement financier conséquent pour réaliser l'ensemble des tests (ADN, radiographies, examens oculaires) sur chaque reproducteur, avant chaque projet de portée.
La transparence est la clé de la confiance. Lors de l'acquisition d'un chiot, les futurs maîtres sont en droit d'exiger la copie des résultats de dépistage des deux parents (résultats oculaires, cotation des hanches et coudes, statut MDR1). L'inscription au LOF (Livre des Origines Français) est un premier gage de traçabilité, mais ne suffit pas, à elle seule, à garantir l'absence de maladies.
C'est pourquoi l'éleveuse exerce ici une veille scientifique constante. La génétique canine évolue rapidement : de nouveaux tests sont régulièrement mis au point, et les recommandations de la communauté scientifique peuvent changer. Participer à des clubs de race, échanger avec d'autres éleveurs éthiques et collaborer étroitement avec des vétérinaires spécialisés sont des pratiques indispensables.
Enfin, la sélection ne doit pas se limiter à l'absence de maladies. Elle doit aussi viser la robustesse générale, l'équilibre tempéramental et la longévité. Éradiquer une maladie en appauvrissant le terrain génétique par une sélection trop drastique serait contre-productif. L'art de l'éleveur réside dans cet équilibre subtil : gérer le risque génétique tout en maintenant une diversité suffisante pour préserver la vigueur de la race.
En bref : une responsabilité partagée
La santé du berger australien est le fruit d'un travail de longue haleine, initié par l'éleveur mais qui se poursuit avec le propriétaire. Si l'éleveur pose les fondations par une sélection rigoureuse et des tests préventifs, le propriétaire a la responsabilité de respecter les recommandations de croissance, de soin, d'alimentation et de suivi vétérinaire.
Connaître les maladies héréditaires de la race, c'est se donner les moyens d'agir en prévention plutôt qu'en guérison. C'est aussi choisir un compagnon de vie dont la santé a été pensée en amont, garantissant ainsi de nombreuses années de complicité, de travail et de joie partagée avec ce chien d'exception qu'est l'australian shepherd.
Pour aller plus loin
Et mieux comprendre l'importance de la génétique dans un élevage...



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